Il faut parfois se perdre pour mieux se trouver et apercevoir ce que l'on a toujours recherché, jusqu'aux limites de notre mémoire vive,, de nos souvenirs d'enfant. Debout dans les dédales de ciment et de bâtisses historiques, je déambule incrédule et sûr de mon aléatoire orientation. Je n'ai jamais été doué pour consulter ma boussole, je me suis tellement égaré que cela en devient risible ; surtout à mon âge. Voir pour croire me disait une jolie dam oiselle qui était aussi paumée que moi, il me semble qu'elle le soit encore aujourd'hui..

Je croise les embruns d'un café serré servit à la va vite pour des touristes en manque d'images de photographies numériques et qui n'ont qu'une hâte : poster sur leur facebook la dernière pâtisserie à la mode de chez nous. Les pigeons entament leur ronde de jour, anonymes éléments du décors qu'ils fréquentent depuis la chute de l'Empire. La volaille en vitrine, la jonquille en terrasse, le débardeur sous cadre, l'horloge en comptoir suisse ; tout est bien en place et prêt à s'accorder pour le plus grand bonheur des citadins mécaniques. La chasse est ouverte !

Les filles portent leurs tignasses à l'abri des silences de chacun tandis que certains hommes se fichent bien des rançons du succès tellement leurs aparats dénotent des codes arbitraires modulaires ; j'en fait partie et c'est mieux ainsi. Un bouquin à la main, un cycliste en location évite des enfants qui traversent pour aller s'entrainer en jean Armani jusqu'à la fin de matinée. Risqué. Rien ne semble pouvoir contrarier ce cortège apaisant aux couleurs d'une tranquillité de façade.

Alors on se prépare à sortir pour pouvoir jouer notre numéro et montrer que nous aussi nous avons les armes pour demeurer au sein du troupeau. On remonte nos cols de chemises, on sublime nos soutiens gorges pendant que les patrons tirent les ficelles et leurs parachutes dorés en ricanant comme des sales gosses des boites à Bac.

C'est un petit bout de cette ville qui tend tellement à plaire qu'elle en oublie ses trésors. A nous d'en tirer les conséquences pour ne pas perdre ce qu'il y a de plus beau en nous, pour ne pas ressembler qu'à des pantins de bas étage. Juste se rappeler ce pour quoi nous sommes réunis : vivre, seulement vivre. Et c'est ce que je tente de faire dans mes Converse et ma chemise froissée dans ce jardin de l'Hôtel-Lamoigon.

 

 

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