C'est un village en hauteur accroché au bitume chaud et colérique de la grande lutèce, une ville parmi la ville. On y croise des enfants sans attaches qui se raclent aux trottoirs, la tête en avant. Leurs parents, trop occupés à chiner pour leur intérieur marginal, en oublient leurs belles promesses. 

Les bobos, les zozos et le cas sociaux se mélangent comme si de rien n'était, simples figurants d'un journal quotidien. Ces premiers pas loin de chez moi resteront pour toujours dans le creux de ma mémoire. Debout dans cette rue qui penche, je me sentais enfin devenir quelqu'un.

On peut aller prendre un verre contre quelques sous et dévorer un farci dans un chou du soir au matin. rencontrer à la laverie des impressions du Mali, des étoffes à l'indienne, entre les slips de la ménagère et les maillots de corps du grand père, pendant qu'une doudou feuillette son panier en osier troué. Dans cette rue qui penche, même les éclopés marchent droit.

Sur la place, l'église déclenche ses heures à l'emporte pièces tandis que les dandys soûlards attendent en fumant les derniers mégots d'une nuit agitée l'amertume du premier café, celui qui rappelle que le matin est arrivé. Les chiens pissent sur le store du marchant de fleurs, eux sont ne se soucient pas des râleurs que nous sommes, remuant la queue à tout bout de champ ils reniflent leur bonheur. dans cette rue qui penche, je suis de bonne humeur, un homme meilleur.

C'est un village en hauteur accroché par les toits aux cumulo nimbus qui s'amusent à nous regarder nous prendre les artères et les coeurs, on parait si frêles vu d'en haut. Qu'importe, l'important est ailleurs.