C'est une journée ordinaire, celle qui ressemble à toutes celles qu'on a déjà croisé un jour sur le bord du coude avec ses mauvaises fréquentations et ses sonneries en quinconce. Les couples empochent leur combiné urbain et s'étirent jusqu'aux ultimes tourbillons de ces chiffres qui démontent le temps, on court pour ne pas se sentir en porte à faux. Quelqu'un du troisième ne prend même pas le temps de faire couler l'eau sur sa peau encrassée de la veille, il est sorti de son rêve un peu trop tard et ne peut se permettre d'arriver en retard une deuxième fois cette semaine. On ne rigole pas avec ces choses là. Le laitier ne livre plus qu'au marché Franprix mais les palettes de condiments en boite bloque le passage, il faudra trouver un autre chemin pour engloutir ses céréales. Ça crie, ça pleure, ça trique dur, c'est la lessiveuse qui se croit à Beyrouth un soir de carnage. Le gel sur les cheveux, chacun prend soin de paraître aussi beau qu'à la télévision et les marchands de crèmes miracles se frottent les mains : mesdames ont encore bien respecté les consignes de masse, se tartiner la tronche comme on beurre une tartine pour que les rides s'évaporent ! Magique ! Le tout sous contrôle d'huissiers en blouse blanche ; la révolution est en marche bien gardée.

On s'entre croise et se croit sans pain au chocolat tandis qu'on traine son gamin par le col de sa veste, nous n'avons plus que deux minutes trente sept avant l'échéance blindée. Mon chat termine son entrée avant d'entrée en scène de repos. Tout ceci ne lui plaît guère alors il s'endort encore sur le pantalon que j'ai tenté de rendre présentable, avec des poils à moustaches la tâche ne sera pas aisée. Les portes claques à tout va, c'est le principe même de ces matins de travail. Se plaindre et courir pour rattraper les instants perdu à succomber aus soubresauts de cette nuit qui n'aura pas été encore tendre avec nous. Bienvenue au paradis des pas perdus, ne soyez pas trop durs avec nous, on fait ce qu'on peut avec le peu de racines qu'il nous reste. Bientôt nous devrons cesser de fuir et renverser la tendance pour ne pas finir comme ces héros qui recouvrent les affiches publicitaires : aussi lisses et froids que ce qu'ils nous proposent. Peut être vaudrait-il mieux couper les ponts et repartir de zéro...